Extraits de livres ou textes courts que j'ai aimés
26 août 2017

L'effondrement

 

Il y a d'abord l'effondrement. 

Puis l'enchevêtrement. 

L'étonnement vient avant la douleur. Peut-être. Primordiale est l'instant de soi. La renaissance à la nature. La dureté, l'âpreté. La matière brute enchevêtrée. Et le souffle. L'air qui arrache la vie à la perdition. Puis réapprendre à respirer. Pas tout de suite. Il y a d'abord le rétablissement. Reprendre pied. Le souvenir des autres que soi. A nouveau l'effondrement. L'abîme.  La descente infinie. Là, seulement là, réapprendre à respirer.  Inspirer puis inspirer encore.  Ouvrir la bouche, la suffocation.  Jusqu'à la suffocation. Souffler. Un petit rien. Un hoquettement. Ça ressemble à un haut-le-cœur. Un retournement de l'intérieur. Et tout de suite, aspirer, aspirer encore et encore. Aspirer du vital. Avaler de la peur, jusqu’à la nausée. Tout cela en une fraction d'instant, un morceau de seconde, de la brisure de temps. Puis le vide. Le regard vers le ciel. Le vert des arbres. La prairie. La maison avec la toiture en pente. Rien de tout cela.  Uniquement le gris de la poussière.  La mauvaise odeur de pourriture. Déjà. Le regard circulaire pour espérer.  Pour croire un instant. Et rien.  Seulement le vide et le rien. L'esseulement. Un inconnu vous touche l'épaule. Puis une femme. Un homme aussi, peut-être. Un être humain, c’est à peu près certain. Une très vieille femme. Mais il faut de l'enserrement, une étreinte à bras le corps. Quelque chose qui vous replie sur vous-même, qui vous compacte. Et ainsi se sentir entier. Entier mais vide. Toujours et encore vide. Il n'y aura plus jamais quoi que ce soit à la place, mais on ne le sait pas encore. Toute la vie, on essaiera de comprendre ce moment d'arrachement, ce cours instant de l'effondrement. Et l'enchevêtrement qui a suivi. Ce n'est que cela la vie. Ni plus ni moins. Essayer vainement de comprendre, de trouver un sens à ce qui n’en a pas, à l’incommensurable. 

A toi, ce petit morceau de moi qui plus j'aimais ne sera.

Pourtant, j'ai réappris le mouvement des poumons. De l'air qui rentre et qui sort. Pourtant, hé oui pourtant. 

Il faut maintenant trouver quelque chose d'utile à faire. Un début de commencent. Peut-être un pas. Oui, un pas c'est bien.

© L'effondrement - Olioweb

effondrement
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11 novembre 2016

La Cité du passé - Khalil Gibran

La Vie me mena jusqu'au pied du mont de la jeunesse et me fît signe de me retourner. Je vis alors une cité aux formes étranges, vautrée dans une plaine où déambulaient les ombres et les vapeurs multicolores. Elle était enveloppée d'une délicate nappe de brouillard qui la rendait à peine visible.

Je dis : «Qu'est-ce donc, ô Vie ?»
Elle me répondit : «C'est la cité du passé. Alors contemple-la. »
Je la contemplai et je vis :
Des établissements d'affaires assis comme des géants sous les ailes du sommeil.
Des mosquées de paroles qui fredonnent les chants de l'espoir alors qu'autour d'elles planent des esprits poussant des cris de désespoir.
Des temples de religions érigés par la certitude puis ruinés par le doute.
Des minarets de pensées dressés haut comme des mains de mendiants qui implorent le ciel.
Des rues de penchants qui s'étalent comme le fleuve au cœur des collines.
Des échoppes de secrets gardées par la discrétion puis pillées par les voleurs d'informations.
Des tours de hardiesse bâties par le courage puis détruites par la crainte.
Des palaces de rêves parés par les nuits puis démolis par le réveil.
Des huttes de petitesse habitées par la faiblesse et des temples de rassemblement où séjourne l'abnégation.
Des clubs de connaissance éclairés par l'esprit puis assombris par l'ignorance. Des tavernes d'amour où les amants viennent pour s'enivrer et où le vide se moque d'eux.
Des théâtres d'âges dans lesquels la vie joue ses romans, puis vient la mort pour clore sa tragédie.
C'est la cité du passé. Elle est aussi lointaine que proche, aussi visible que cachée.

Puis la Vie marcha devant moi en me disant : « Suis-moi, nous nous sommes trop attardés ici.» Je lui demandai : «Où allons-nous à présent, ô Vie?»

Elle me répondit : «À la cité de l'avenir. » Je lui dis : «Pitié, je suis exténué par la marche, mes pieds ont été écorchés par les rochers et les obstacles ont épuisés mes forces.»
Elle me rétorqua : «Avance, car celui qui s'arrête est lâche et celui qui regarde la cité du passé est ignorant. »

 

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Ville fantome

 

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06 novembre 2016

Au soir

Et Parfois, survenait un matin doux comme le premier jour de la création
où la vie, dans la lumière, révélait le fond de ses entrailles

– Les meubles, les enfants, et le laurier séché pendu au mur par une ficelle, tout était calme, nivelé – l'escabeau et le cerceau de la moustiquaire ;

– comme lorsque tu regardes le creux du rivage et que tu aperçois sous l'eau limpide, les galets ronds, bruns, citron, roses, paisibles, bien rangés, comme si jamais ne les avait battus la colère de l'eau ni du vent.

– Et tu dis : ce qui est au fond est en haut – et tu ne te noies pas.

– Seul un léger soupir s'accroche à ta bouche comme le petit bouquet de canelle, au clou, dans la cuisine,

– comme une branche de jasmin à la fenêtre,

– comme le nid d'hirondelle sous la gouttière du toit

– et dans le nid reposent, tièdes, azurés, les œufs, prêts à devenir ailes et chansons.

Alors il nous semblait que rien n'était perdu,
que la mort ne pouvait rien nous prendre,

– parce que nous avions tout donné, tout livré ; plus rien ne reste

– et nous ne sommes pas seulement ce que nous sommes devenues, mais ce que nous avons donné

– et nous devenons ce que devient notre don

– et pas un cheveux de nos tresses n'a été emporté par le vent.

Les vieilles femmes et la mer - Yannis Ritsos

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07 juin 2016

La transe légère

Il faudrait pouvoir donner la parole au pain ranci dans tes poches et à tes lèvres gercées par la froidure du monde. Il faudrait délivrer la musique des violoncelles pour qu’elle défonce l’argot du monde et le traduise en un hymne universel. Les frissons de peau ne poussent pas dans les usines à calibrage. Il ne suffit pas de conjurer le sort pour voir naître les fleurs qui poussent dans le ciel. Les rencontres sont des portes qui s’ouvrent.

La paix que j’endure au fond de mon être est dérisoire les soirs de pleine lune, elle est extravagante les jours d’inondation. Ma récolte est une vrille enfoncée dans la terre, mon panier est une couche où pourrissent les fruits mûrs. Mes concerts, je les emporte comme une crème apaisante sur les tonneaux de mes ivresses. Je n’ai plus la soif des terres arides. Je cède à l’amour parce qu’il ne transige pas avec le langage. C’est le seul à jouer des instruments où le vent s’engouffre. Je suis candide comme la rosée qui n’a pas connu l’évaporation. Je marche sur la lune, la tête envolée sur des partitions défiant les notes que les hommes fredonnent. Je suis blotti dans le murmure des corps qui s’étreignent sans restriction.

...

Bruno Odile - L'Amour, ce désastre indispensable.

 

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30 janvier 2016

Du bonheur

"Celui qui est à la recherche du bonheur, doit d'abord savoir accepter :
      - accepter la réalité, c'est-à-dire que la vie n'est pas faite que de joies.
      - accepter les échecs qui exercent la volonté et la fortifient, qui rendent humbles parfois, et conscients du réel.
      - accepter les épreuves et les souffrances, qui ne sont pas dénudées de sens. Léon Denis a écrit: "Les mystères et surtout les inégalités de destin choquent la raison : mais la parcelle de Divin qui habite notre conscience proclame hautement que l'infinie justice réserve à chacun, au-delà de cette vie, une égalité absolue de devenir."
      - accepter sa condition terrestre, ce qui engendre humilité, tranquillité, purification de l'égo.
      - accepter, c'est aussi supporter les injustices.
Démocrite nous conseille à ce sujet un sage comportement : "S'il te faut supporter des injustices, console-toi ; la véritable tristesse est de commettre des injustices."

Cette réflexion exige un certain courage dans la vie de tous les jours. Le courage dans le travail ou au milieu des épreuves, est une force, une force intérieure toujours nécessaire sur le chemin du bonheur.
Il ne faut pas attendre le bonheur comme la venue de quelque chose d'extérieur à soi. Car " le bonheur est un effet de la sagesse, plutôt qu'un présent de la destinée", selon l'affirmation de Louis Veuillot. Le bonheur n'est pas davantage l'effet de la chance. C'est un choix, en ce sens qu'il s'agit d'un mode de penser, d'une manière de réagir.

C'est pourquoi, il convient que nous agissions comme si nous étions heureux, que nous pensions comme si nous étions heureux, que nous réagissions comme si nous étions heureux. On acquiert ainsi l'habitude d'être heureux. Tout notre vie n'est qu'habitude, même de bonheur.

La troisième clé qui ouvre la porte de bonheur, c'est le fait de vivre le moment présent, sans rien attendre, ni du passé, ni de l'avenir. Il faut apprendre à être heureux dans l'instant présent, et grâce à l'instant présent. Si le bonheur est une habitude, il est conditionné par notre imagination, par nos pensées, par nos émotions présentes. Il faut être heureux dans l'instant, et non pas à cause de ceci ou à cause de cela.
Le moment présent est le plus important de notre existence ; c'est l'unique moment que nous possédons véritablement"

Les voies de l'espérance et la spiritualité retrouvée - Gisèle et Alain Guiot

Je crois que le bonheur sait aussi se taire pour attendre la bonne heure... Ce prime ou bien tardif instant où nous reprenons possession de nos aîtres et décidons qu'être heureux, après tout, cela ne fait pas de mal !

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21 mai 2015

Aucune réalité ne peut être à la hauteur de nos manques

La tromperie s’inscrit dans le regard que l’on se porte. L’attente ne peut jamais être satisfaite, elle est seulement le couloir de nos ombres. Dans les coursives de l’imaginaire, j’ai filé droit devant, sans pour autant trouver l’émeute de mes désirs. Dans ce long chenal qui n’en finit pas, je suis prisonnier dans la marge et l’intense trafic convertit mes foulées vers la gaieté en de simples fugues vives. Pour éviter de perdre la raison, je sais qu’il ne faut pas se laisser aller à la folie qui n’est pas sienne. Je sais que choisir est notre seule puissance au royaume de la détermination. La souffrance n'en continue pas moins de s'accumuler dans la nuit forclose de l'intimité, où elle cherche à tâtons, avec obstination, un moyen de s'écouler.

Accepter l'imperfection ne veut pas dire qu’il s’agisse de renoncer à guérir de soi ou en soi. Je suis le brouillard qui sort de l’attente, je cède à l’espoir de me fondre à la blancheur disponible. Je suis ouvert au vent qui passe, aux feuilles automnales qui frissonnent mieux dans le ciel que sous mes pieds. Je rivalise avec les colères du temps impétueux et les fantaisies des rires joyeux. Je m’ajuste à la croissance des nœuds du silence par lesquels coulissent l’indurée de mes fougues et de mes fantasmes. Je croque le maintenant-tout-de-suite sans déserter les confidences du roulis des jours accablants. Tout est là, dans l’infini proche de la connaissance, dans le terrible lointain prêt à éclore à la lisière des froissements omniprésents de l’air. Tout se fait et se défait dans la cadence de l’autre côté du temps. 

Il faut se méfier de ce qui sommeille en nous. Songes léthargiques cessez donc de saupoudrer sous les aisselles du désespoir ! Frondes des eaux premières, saisissez-vous des vagues de mousses blanches et laissez-vous emporter par le défi du mouvement perpétuel. Toutes les sources intarissables sont des rivières vouées à sortir de leur lit à un moment ou à un autre. Le jour où nous sommes convaincus d’être heureux, il nous faudrait oublier qu’un bonheur plus grand nous est possible.

Bruno Odile - Le désappointement et la joie

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31 mars 2015

Bruno Odile

" La clarté a surgi de la vie qui se précipite par-dessus l’horizon. Ballets d’âmes sœurs accrochées à la crinière du vent, nous courons après la valse d’émotions éternelles. Entends ma voix sur les radeaux du ciel. Porte ton cœur tout en haut de la falaise et marchons ensemble sur l’instant infini. Il pleut des comètes déjantées et nos cœurs sont nos derniers parapluies."

L'amour ce désastre indispensable

Mot après mot, Bruno Odile nous entraîne dans une danse vive, colorée, langoureuse et sensuelle, désespérée parfois, inespérée surtout. De cette inespérance qui tache notre poitrine, la faisant palpiter d'un sentiment que l'on nomme mais que l'on ne peut jamais enfermer dans un mot.
Être entraîné dans ce désastre où hier et demain s'écrivent sur un rêve, c'est être pris par le cœur pour aller marcher dans les abîmes du ciel fouler le sable de l'âme.

L’Amour est toujours une première fois. Il n’est pas l’expression d’un désir, mais il est la manifestation de la vérité intérieure dans sa plus absolue cohérence. Il ne s’agit pas de le capturer mais de couler avec lui comme une fonte des neiges. 

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28 avril 2014

Rose Hani

"Maudit soit celui qui juge et celui qui pratique… J’étais une femme déloyale et adultère dans la maison de Rachîd parce que la force des traditions m’avait fait partager sa couche, sans attendre que le ciel fasse de moi son épouse selon la loi de l’âme et des sentiments. Je me sentais malhonnête et méprisable devant moi-même et devant Dieu lorsque je profitais de ses bienfaits pour qu’il profite de mon corps. Maintenant je suis une femme honnête car l’amour m’a rendue libre, je vis honorablement et en paix parce que j’ai cessé d’échanger mon corps contre du pain et mes jours contre des parures. Oui, j’étais une femme malhonnête et indigne quand les gens me considéraient comme une épouse vertueuse, et aujourd’hui que je suis honnête et respectable, ils me prennent pour une débauchée parce qu’ils ne regardent que le corps pour juger de l’âme et ne s’attachent qu’à ce qui est matériel pour juger du spirituel."

Khalil Gibran - Esprits Rebelles

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07 mars 2014

Nos paroles nous façonnent

Au dehors, la nature s’en tient encore aux demi-teintes. C’est la tonalité de la sobriété avant la générosité de l’offrande printanière. Mais qu’en est-il, au-dedans, de la couleur des mots que nous posons sur la vie ? De tous ces mots que nous prononçons, parfois dans l’insouciance et la légèreté, le plus souvent dans la plainte ou le jugement ?

Nous nous plaignons beaucoup : du temps qu’il fait, du temps que  nous n’avons pas, du temps passé et qui ne reviendra pas. Nous  nous plaignons aussi des autres, les jeunes, les vieux, les étrangers… tous  ceux qui menacent notre tranquillité.   Mais à vivre ainsi dans le négatif, nous nous désaccordons !  Nous ne sommes plus au diapason de la louange qui est notre vocation première,  celle qui nous accorde au chant de la création, celle par laquelle nous  devenons un peu plus humains.

La louange élève alors que la plainte avilit.   La louange relie alors que la plainte sépare.   La louange met debout alors que la plainte met sur les genoux.   Mais célébrer la vie, ce n’est pas en nier les aspérités.  C’est reculer d’un pas pour s’étonner de ce qui frémit  sous l’écorce des jours, parfois justement là où la  vie est empêchée.   Pensez aux psaumes. Ce sont des musiques, certes, mais qui font large place  au cri et à la discordance. Ils questionnent Dieu autant qu’ils  le chantent mais en leur fond ce sont des célébrations arrachées à la  dureté autant qu’à la beauté du réel.

Nous sommes finalement ce que nous consentons à être et nos paroles  nous façonnent intérieurement.   Quand le ciel est trop bas et la grisaille trop pesante, nous pourrions choisir  de sortir de la complainte pour entrer en psalmodie ! Ce serait une manière  de vivre à la hauteur de ce que nous pressentons et plus seulement de  ce que nous ressentons ! Une manière de quitter la déploration  qui nous tire vers le bas pour l’imploration qui aspire à l’envers  lumineux des choses et des êtres.

Tout ce que nous ne mettrons pas au monde de gratitude n’y sera pas !

Francine Carrillo

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19 janvier 2014

Assertions

 

Assertions 

 

C’est le Mensonge qui sonne. Écoute le glas. Qui sonne… Sonne… Glace-moi. Et sonne, sonne, encore. Dans une nuit d’écume, tu marches. Emporte le baiser de Dieu et apparais-nous, enfin. Trace une ellipse rougeoyante sur le front du grand menteur.

Le grec !

 Profonde et sanglante, l’ellipse.

 Écrire la marche à fuir et s’en tenir, là.

 C’est la parole et le Verbe qui écrivent la langue des abyssales vendanges, celles de notre spiritualité… Abyssales. C’est Mensonge et oubli. J’ai perdu le fil, amerrissage et tendresse. Terre perdue. Tu sombres.

 Une folie.

 C’est le mensonge qui sonne. Trouve cette musique, une véracité, pulsatile et féconde, amorphes gymnopédies des soubassements du monde.

 Enfouis le sens et perce à jour ce mensonge, Ô vile Parjure. Dans l’ombre du soleil, tu frises les aurores, boréales. Doucereuse ellipse. La quadrature du cercle, des enfers. Un texte. Assieds-toi. Essaye-toi. Prends cette plume et chiffonne-moi un bouquet de verbes, de noms, d’adjectifs numéraux et cardinaux, ordonnés et capiteux !

 J’ai creusé un sillon de paroles vaines et vides, de Mensonges, ceux d’une tombe. Et tu as pris le sens à bras le corps. C’est toi qui irradies la sève de cette vérité. Une terre enfouie. Le socle de ton esprit s’inscrit en fuligineuses aspirations, Toi, le Parjure. J’ai perdu la foi. C’est l’homme qui s’est noyé dans ces vastes champs inondés et abscons. Menteur ! C’est lui le mensonge fait chair et livré pour nous.

 Qui sonne ?

Qui sonne, le mensonge qui sonne, encore, porté par le fil des siècles et des siècles. Aire nouvelle, Ère malsaine. R et air, rhapsodie et

rancœur tristement bafoués… Tu sonnes.

 

 

Incandescence d’un soleil couchant, Ninive est sous le feu et la cendre. Ashes to ashes. Portons le fer dans la plaie. Ô Dieu, nul ne pardonnera que le mensonge sonne encore et encore… Sonne… et sonne…

 Entends le souffle…

 Abats sur la ville de Younes le cataclysme. C’est Sodome, c’est Gomorrhe. C’est la mort et la colère. Petit relâchement, récolte d’un divin pervers. Le pardon est enfoui sous des pages manuscrites, Deutéronome, Pentateuque et Genesis. Lisons à la recherche d’une humanité perdue et espérons encore la mort et le silence. Brassons l’air empli de funérailles… Une ellipse, orbe, clepsydre et suffocation. Mensonge. Mensonge. Assène les coups sur ces fronts inclinés. Sonne le glas et la voix du Divin. Ezéchiel, David, Jacob, Esaü, enfantez cette merde et levez les mains au ciel.

 

Je veux avoir à sentir ce mensonge. Dans ma chair. L’odorat, le toucher. Dans le vent. Les paroles s’envolent et les mots s’espèrent. Des tonnes et des montagnes de maux. Son Fils tirera la portée de ce méfait, mais ici, le temps s’enfouit dans les eaux noires et profondes du mensonge. C’est le Grec. C’est le Grec qui a fourbi le mensonge. Tristesse. Sonnerie lugubre déchirant la nuit et l’enfer. Une hécatombe sous un ciel morveux.

 Éros pose une fesse au coin du monde et chie sur nos têtes. Amertume de l’éphémère, tu noies le sens et emportes le mensonge. La terre n’est plus. Seuls restent le rêve, et le Verbe. Sonne, sonne dans la tanière du temps. Aux siècles et des siècles, c’est la folie qui reste et marque au fer le front de l’idiot, béat. Le remords suintant du coin d’un œil oublié au fond d’une tombe. Ne me regarde pas, Caïn !

 Agonisant mensonge.

 Plus personne n’habite le chemin du mensonge, sinon la mer énorme. Et sonne… Une corne dans la brume. Elle porte une voix singulière et triste. Venez écouter ce glas. Sonne, sonne… Le timbre du mensonge, illusion, fausseté, tromperie… Assénés à grands coups de masse sur les oreilles des fidélités… la terre au fil des eaux et la houle comme catafalque. Un caveau de sel et d’écume. Profondeur d’une mer d’aphasie. Le Grec et le Verbe.

 Nous sommes seuls ici-bas.

 Seul… Sonne… Seul… Le bourdon ou le glas… Triste choix. Rythmique Assomption du déjà dit, Catharsis entendu, Pâques espérée, voulue ou crue… Et puis, il y a toi.

 

©Atlantide - Alcibiade...........................................

 

 

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