La poésie ne sert à rien ?
                                                 La poésie ! Vous plaisantez j'espère ? 
                                                 A quoi ça sert la poésie à notre moderne époque, 
                                                 la poésie ne sert à rien !
La poésie ne sert à rien, soit, mais elle est un plaisir 
Le plaisir ne sert à rien, sauf à se faire plaisir
Et avoir du plaisir, c'est simplement se sentir vivant
                                                La poésie, la bonne poésie  donne la chair de poule, 
                                                un bonheur, une émotion, les larmes aux yeux...
La poésie est une chose fantastique ! 
Et si l'émotion procurée par la poésie était un remède à nos maux

                                               Sylviane Le Menn  http://www.abadennou.fr/

 

 

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30 octobre 2018

Automne - Albert Samain

Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,
Là-bas tord la forêt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure
Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets.

L'Automne qui descend les collines voilées
Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre cœur ;
Et voici que s'afflige avec plus de ferveur
Le tendre désespoir des roses envolées.

Le vol des guêpes d'or qui vibrait sans repos
S'est tu ; le pêne grince à la grille rouillée ;
La tonnelle grelotte et la terre est mouillée,
Et le linge blanc claque, éperdu, dans l'enclos.

Le jardin nu sourit comme une face aimée
Qui vous dit longuement adieu, quand la mort vient ;
Seul, le son d'une enclume ou l'aboiement d'un chien
Monte, mélancolique, à la vitre fermée.

Suscitant des pensers d'immortelle et de buis,
La cloche sonne, grave, au cœur de la paroisse ;
Et la lumière, avec un long frisson d'angoisse,
Ecoute au fond du ciel venir des longues nuits...

Les longues nuits demain remplaceront, lugubres,
Les limpides matins, les matins frais et fous,
Pleins de papillons blancs chavirant dans les choux
Et de voix sonnant clair dans les brises salubres.

Qu'importe, la maison, sans se plaindre de toi,
T'accueille avec son lierre et ses nids d'hirondelle,
Et, fêtant le retour du prodigue près d'elle,
Fait sortir la fumée à longs flots bleus du toit.

Lorsque la vie éclate et ruisselle et flamboie,
Ivre du vin trop fort de la terre, et laissant
Pendre ses cheveux lourds sur la coupe du sang,
L'âme impure est pareille à la fille de joie.

Mais les corbeaux au ciel s'assemblent par milliers,
Et déjà, reniant sa folie orageuse,
L'âme pousse un soupir joyeux de voyageuse
Qui retrouve, en rentrant, ses meubles familiers.

L'étendard de l'été pend noirci sur sa hampe.
Remonte dans ta chambre, accroche ton manteau ;
Et que ton rêve, ainsi qu'une rose dans l'eau,
S'entr'ouvre au doux soleil intime de la lampe.

Dans l'horloge pensive, au timbre avertisseur,
Mystérieusement bat le cœur du Silence.
La Solitude au seuil étend sa vigilance,
Et baise, en se penchant, ton front comme une soeur.

C'est le refuge élu, c'est la bonne demeure,
La cellule aux murs chauds, l'âtre au subtil loisir,
Où s'élabore, ainsi qu'un très rare élixir,
L'essence fine de la vie intérieure.

Là, tu peux déposer le masque et les fardeaux,
Loin de la foule et libre, enfin, des simagrées,
Afin que le parfum des choses préférées
Flotte, seul, pour ton coeur dans les plis des rideaux.

C'est la bonne saison, entre toutes féconde,
D'adorer tes vrais dieux, sans honte, à ta façon,
Et de descendre en toi jusqu'au divin frisson
De te découvrir jeune et vierge comme un monde !

Tout est calme ; le vent pleure au fond du couloir ;
Ton esprit a rompu ses chaînes imbéciles,
Et, nu, penché sur l'eau des heures immobiles,
Se mire au pur cristal de son propre miroir :

Et, près du feu qui meurt, ce sont des Grâces nues,
Des départs de vaisseaux haut voilés dans l'air vif,
L'âpre suc d'un baiser sensuel et pensif,
Et des soleils couchants sur des eaux inconnues.

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27 octobre 2018

Wang Wei

Wang Wei
Image Internet

 

L’atmosphère de l’automne est limpide et lointaine.
Je ne me sens plus loin des hommes.
Je me réjouis de voir les hérons sur la grève,
En même temps que les monts sortant des nuages.
Les flots limpides s’agitent vers le soir,
Le clair de lune brille et va cesser.
Cette nuit, appuyé sur ma rame unique,
Indécis, je voudrais ne jamais rentrer

Wang Wei
                                                                             Traduction Liou Kin-ling

 

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08 février 2018

Pas après Pas

Pas après pas,
Seul à soi-même
A travers la lande étincelante,
Le silence perce le ciel
D’où sourd ce Chant plus doux que la lumière.

Par cet élan,
D’un battement d’élytres,
Léger comme un nuage,
Je rejoins ton Etoile.

Figaro

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29 juillet 2017

I carry your heart (I carry it in my heart) - Edward Estlin Cummings

I carry your heart with me (I carry it
in my heart) I am never without it (anywhere 
I go you go, my dear ;  and whatever is done
by only me is your doing, my darling) 
                                                                 I fear
no fate (for you are my fate, my sweet) 
I want no world (for beautiful you are my world, my true)
and it’s you are whatever a moon has always meant
and whatever a sun will always sing is you 

here is the deepest secret nobody knows
(here is the root of the root and the bud of the bud
and the sky of the sky of a tree called life ; which grows
higher than soul can hope or mind can hide)
and this is the wonder that's keeping the stars apart

 I carry your heart (I carry it in my heart)

Je porte toujours ton cœur en moi  (je le porte
dans mon cœur) sans lui jamais je ne suis (où
que j'aille, tu vas, ma tendre ; et tout ce qui est fait
par moi,  est ton œuvre, mon trésor)
je ne crains                                                                  
aucune destinée (car tu es ma destinée, ma douce)
je ne veux aucun monde, (car beauté, tu es mon monde, mon évidence)
Tu es ce qu'a toujours voulu dire une lune
et ce que chantera toujours un soleil c'est toi. 

Tel est le profond secret que nul ne connait
(c’est la racine de la racine le bourgeon du bourgeon
et le ciel du ciel d’un arbre appelé vie qui croît plus
haut que l’âme ne saurait l’espérer ou l’esprit le cacher)
et c’est la merveille qui maintient les étoiles éparses

Je porte ton cœur (je le porte en mon cœur)

 

 

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18 mai 2017

Miroir



Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

                                             Paul Eluard

 

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15 mai 2017

On ne retient rien

Rien.
On ne retient rien…
Ni au creux de ses mains
Ni au creux de ses reins.
On ne retient
Ni la pluie qui ruisselle
Ni l’enfant qui dort
Ni la neige éternelle
Ni le navire au port.
Pourtant,
On fait semblant d’y croire
De posséder et d’avoir.
Mes mains à moi sont vides,
Je n’ai plus faim.
J’ai oublié jusqu’à l’appétit.
Donnez-moi juste l’envie,
Donnez-moi un peu de pain
Blanc ou noir,
Peu m’importe,
Pour que revivent les lettres mortes
Du pain au son du pain au seigle,
Pour m’envoler comme l’aigle.
Du pain complet
Du pain au sel,
Pour retrouver le goût
De mon essentiel.

Monique Bousch - Poussière d’étoile

 

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22 avril 2017

Avant que meurent les roses

 

L’écho d’une porte qui s’ouvre au loin
Un édredon de lumière bouscule
Le sablier où s’engrange soudain
Un nuage sans âge et noctambule

Dans la brèche ouverte, le temps sournois
Recouvre les lampes de son silence
Viens, sortons l’orage de son carquois
Et cheminons vers une autre urgence

Le matin qui vient est vierge de pas
Foulé seulement par quelques étoiles
Alignant leurs costumes et cabas
Derrière cette nuit qui met les voiles

Aux odeurs du printemps ensemencé
Par le jour, dépend notre renaissance
Un craquement dans l’âtre du passé
Ne peut arrêter notre transhumance

L’encre des mots coule le long du cœur
Tel un ruisseau serpentant la montagne
Dans les cheveux de l’aube, le bonheur
hisse les heures au mât de cocagne

J’ai besoin que tu inventes ce lieu
Dans la marge des ombres où éclosent
Nos bouches ivres et remplies d’aveu
Aimons nous avant que meurent les roses

Cassiopee - Nuées poétiques

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07 avril 2017

Tassine de l'éternité et de la confusion

Je n'ai pas connu
d'autre éloignement que le Tien
après avoir acquis la certitude
que proche et lointain ne font qu'un
Et moi-même
Si je m'éloigne
l'éloignement est mon compagnon
comment l'éloignement peut-il être
alors que l'amour est un

Al Hallâj - Le livre des Tawassines

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31 mars 2017

Un tout me traverse
Le corps comme un bois poreux
Rameaux dans le dos.

                                                                  Figaro

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