Il y a d'abord l'effondrement. 

Puis l'enchevêtrement. 

L'étonnement vient avant la douleur. Peut-être. Primordiale est l'instant de soi. La renaissance à la nature. La dureté, l'âpreté. La matière brute enchevêtrée. Et le souffle. L'air qui arrache la vie à la perdition. Puis réapprendre à respirer. Pas tout de suite. Il y a d'abord le rétablissement. Reprendre pied. Le souvenir des autres que soi. A nouveau l'effondrement. L'abîme.  La descente infinie. Là, seulement là, réapprendre à respirer.  Inspirer puis inspirer encore.  Ouvrir la bouche, la suffocation.  Jusqu'à la suffocation. Souffler. Un petit rien. Un hoquettement. Ça ressemble à un haut-le-cœur. Un retournement de l'intérieur. Et tout de suite, aspirer, aspirer encore et encore. Aspirer du vital. Avaler de la peur, jusqu’à la nausée. Tout cela en une fraction d'instant, un morceau de seconde, de la brisure de temps. Puis le vide. Le regard vers le ciel. Le vert des arbres. La prairie. La maison avec la toiture en pente. Rien de tout cela.  Uniquement le gris de la poussière.  La mauvaise odeur de pourriture. Déjà. Le regard circulaire pour espérer.  Pour croire un instant. Et rien.  Seulement le vide et le rien. L'esseulement. Un inconnu vous touche l'épaule. Puis une femme. Un homme aussi, peut-être. Un être humain, c’est à peu près certain. Une très vieille femme. Mais il faut de l'enserrement, une étreinte à bras le corps. Quelque chose qui vous replie sur vous-même, qui vous compacte. Et ainsi se sentir entier. Entier mais vide. Toujours et encore vide. Il n'y aura plus jamais quoi que ce soit à la place, mais on ne le sait pas encore. Toute la vie, on essaiera de comprendre ce moment d'arrachement, ce cours instant de l'effondrement. Et l'enchevêtrement qui a suivi. Ce n'est que cela la vie. Ni plus ni moins. Essayer vainement de comprendre, de trouver un sens à ce qui n’en a pas, à l’incommensurable. 

A toi, ce petit morceau de moi qui plus j'aimais ne sera.

Pourtant, j'ai réappris le mouvement des poumons. De l'air qui rentre et qui sort. Pourtant, hé oui pourtant. 

Il faut maintenant trouver quelque chose d'utile à faire. Un début de commencent. Peut-être un pas. Oui, un pas c'est bien.

© L'effondrement - Olioweb

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