03 novembre 2016

Matin brouillard

– Pourquoi pleures-tu ?
– Je ne pleure pas...
– Il y a des larmes sur ton visage.
– Ce sont des gouttes de ciel.
...
– Elles sont salés.
– Elles sont douces. Aussi douces que ce baiser.
– Tu ne veux rien me dire ?
– Peut-on dire la douleur ?
– Tu l'as déjà fait.
– C'est vrai. Mais le corps se démembrait alors et l'esprit déchiquetait les chairs, lacérait la pensée. Ecartelée et rouée par la douleur, je pouvais dire. Il y avait encore de la couleur.
– N'est-ce plus le cas aujourd'hui ?
– Non. Le corps est fracassé. Les pensées ont sombré.
– Pourtant tu pleures encore.
– Je ne pleure pas. Ce n'est que le brouillard qui s'est déposé sur mes joues.
...
– Tout est si gris, Fou. L'inoir envahit tout.
– C'est un sanglot que j'entends dans ta voix. Tu pleures.
– Je ne pleure pas. C'est un mot sanglé à la nuit qui cherche dans la grisaille, une étoile, un sourire de lune, une aube safranée. A courir en tout sens, il a dû faire tinter les gouttes de ciel.
– Tes pirouettes ne changent rien.
– Bien sûr que si. Il y a un sourire sur tes lèvres.
– Mais pas sur les tiennes. Tes joues sont trempées et ta voix se brise.
– Ce n'est pas ma voix qui se brise...
Parle-moi de toi, Fou. Dis-moi le vent, son chant dans les feuillages. Dis-moi ce qui fait notre humanité, redis le moi, avant que je l'oublie.
– Cela sèchera-t-il l'eau qui s'écoule de ton cœur ?
– Cela consolera peut-être le jour qui s'éplore.
...

– L'humanité n'est faite que de liens. L'homme accorde beaucoup d'importance aux liens du sang, mais ce ne sont au mieux que des amarres qu'il faut larguer un jour ou l'autre. Les véritables liens sont ceux tissés avec le cœur. Ils sont comme l'espace entre les étoiles. Les astronomes mesurent la distance entre les astres et oublient la proximité rendue possible par un regard émerveillé de leur contemplation.
Souvent, l'homme attaché, enchainé à lui-même tend des filets autour de lui, persuadé que chaque maille sera un lien qui le reliera à l'autre. Mais quand l'autre fait de même, les mailles s'emmêlent. En fin de compte chacun tire à soi le filet et tout se déchire.
– Que peut-on faire alors ?
– Tisser des liens d'amour aussi léger qu'un fil d'épeire. Suffisamment solides pour relier les cœurs entre eux, suffisamment délicats pour que le vent les envole et emporte les souflles. S'offrir comme s'offre une fleur, comme s'offre le jour. Accueillir, comme la terre assoifée accueille la pluie. Être un puits où l'autre vient boire, s'abreuver à sa source. Rire avec ses rires et pleurer avec ses pleurs. Avec un sourire plein de larmes accompagner son départ, lorsque le moment vient où les routes se séparent, car chaque lien est cet espace infini entre les astres ; un espace à travers lequel la lumière, portée par la pensée, circule et rayonne en tout sens. C'est ce parfum de rose que le jour boit dans les gouttelettes de nuit, c'est ce rai de soleil qui écarte la brume, c'est cette main ouverte, c'est ce feu allumé dans la froidure d'un jour d'hiver. C'est toi qui me permets d'être moi.
...
– Tu pleures encore.
– Je suis fatiguée d'avoir mal. Pense à moi, Fou. Serre-moi dans la lumière. Le jour s'éplore encore, mais j'ai un peu moins mal de te savoir auprès de moi.

 

Mutter und Kind - Rudolf Steiner
Mutter und Kind - Rudolf Steiner

 

 

 

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01 novembre 2016

 

Sourire de lune
sur un ciel bleu isabelle.
Le jour doucement s'en va.
La pensée s'envole et vient se poser sur le sourire.

 

 

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29 octobre 2016

Quand l'être s'étiole, l'Âme l'envole

 

Fond d’écran

 

 

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27 octobre 2016

Pour peindre un oiseau - J. Prévert

Peindre d’abord une cage
Avec une porte ouverte
Peindre ensuite
Quelque chose de joli
Quelque chose de simple
Quelque chose de beau
Quelque chose d’utile
Pour l’oiseau
Placer ensuite la toile contre un arbre
Dans un jardin
Dans un bois
Ou dans une forêt
Se cacher derrière l’arbre
Sans rien dire
Sans bouger…

Parfois l’oiseau arrive vite
Mais il pourrait aussi mettre de longues années
Avant de se décider
Ne pas se décourager
Attendre
Attendre s’il le faut pendant des années
La vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
N’ayant aucun rapport
Avec la réussite du tableau

Quand l’oiseau arrive
S’il arrive
Observer le plus profond silence
Attendre que l’oiseau entre dans la cage
Et quand il est entré
Fermer doucement la porte avec un pinceau
Puis effacer un à un tous les barreaux
En ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau

Faire ensuite le portrait de l’arbre
En choisissant la plus belle de ses branches
Pour l’oiseau
Peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
La poussière du soleil
Et les bruits des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
Et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
C’est mauvais signe
Signe que le tableau est mauvais
Mais s’il chante c’est bon signe
Signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
Une des plumes de l’oiseau
Et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

 

 

 

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26 octobre 2016

Simplement le ressac et puis l’écume

Peut-être un grain de silice glissé entre les orteils
La délicatesse du sable si fin et si soyeux
Le vent tombé, le macareux arrêté en plein ciel
Un phare perché dans le lointain, jusqu’à l’infini de la grève
Inutile, dressé face à l’océan, planté sur la rocaille
Le mouvement lent de l’horizon glissant sur l’eau
Un bleu si bleu qu’il ne sert à rien de le décrire
Il remplit le décor, il avale tout sur son passage
Puis l’écoulement de la fraicheur autour de la cheville
Comme une pluie couchée sur le dos qui déferle sous la peau
Arasement de l’air qui remplit d’éclats salins
Les paupières qui se referment
Mais ce voilier, si lointain, si blanc
Dérivant entre les brisants
Qu’emporte-t-il à son bord ?
Peut-être ton âme vagabonde
Ton visage et ton sourire
Ta délicatesse et l'amour et la vie
Tout ce qui vide ce tableau ridicule
Qui se peint péniblement
Sur ce bout de papier inutile
Qu’au moins il s’envole
Pour rendre à l’aile
Son envergure
Et sa beauté

Le Voyageur Internautique

 

P9210628

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25 octobre 2016

„Leben in der Liebe zum Handeln und Lebenlassen im Verständnis des fremden Wollens ist die Grundmaxime des freien Menschen.“

"Vivre dans l'amour de laisser vivre et faire en comprenant la volonté de l'autre est le principe même de l'Homme libre."

Rudolf Steiner

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24 octobre 2016

Un bouton de rose

Juste un bouton de rose.
Né ce jour d'avant, il s'ouvre.
Tout doucement.
D'un souffle caressant,
ce jour d'hui l'entrouvre.
Délicatement.

Juste un peu de ciel
déversé au matin,
me déverse et s'éploie
sur un pétale virginal.
Soie incarnadine,
il déshabille le cœur.

Juste un peu de pluie
sur l'ajour d'une rose,
éveille la mie endormie.
Sur une goutte d'eau,
un baiser déposé par le jour
perle jusqu'à l'intime secret.

 

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© robert buatois

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19 octobre 2016

Corazón libre

Ils t'ont assiégé Cœur
et attendent ton renoncement,
les uniques vaincus, Cœur
ce sont ceux qui ne luttent pas.

Ne te rends pas  Cœur libre,
ne te rends pas

Ne leur permet pas Cœur
de tuer la  joie,
rapièce d’un rêve Cœur,
tes ailes mutilées

Ne te rends pas  Coeur libre,
ne te rends pas

 Et souviens-toi  Cœur,
l'enfance sans  frontières,
le toucher de la vie Cœur,
une chair de printemps,

Ne te rends pas  Coeur libre,
ne te rends pas

Ils se fourvoient Cœur,
avec des chaînes fragiles,
plus de vent que des racines, Cœur,
brise les et envole toi.

 Ne te rends pas  Coeur libre,
ne te rends pas

Ne les écoute pas Cœur,
que ses voix ne t’assourdissent pas,
tu seras complice et esclave Cœur,
si c’est ce que tu écoutes

 Ne te rends pas  Coeur libre,
ne te rends pas

En avant  Cœur,
sans la peur de la défaite.
Durer,  ce n'est pas être vivant Cœur
vivre c’est une autre chose


 

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Brouillard au levant
Les arbres sont effacés
Ils sont d'or au soir
Dans le silence les pas mènent les pensées vers Toi.

 

 

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Le brouillard au levant
a dérobé la colline
Le ciel est bleu
Sur les toiles emperlées des clins de lumière argent

 

 

 

 

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