05 septembre 2012

Gibran Khalil Gibran

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"J'étais couchée sur ce champ de bataille hier encore, mais j'ai rassemblé ce qu'il me restait de force, j'ai détaché les chaînes de ma lâcheté et libéré mes ailes des entraves de la faiblesse, et je me suis élevée dans le firmament de l'amour et de la liberté". Esprits Rebelles - Mme Rose Hanie

Gibran Khalil Gibran (جبران خليل جبران) est libanais. Il est né le 6 janvier 1883 à Bcharré (Liban) et est mort à  New York le 10 avril 1931.
Poète, mais aussi peintre et philosophe, essentiellement connu pour son recueil "Le Prophète", tous ses écrits reflètent son sentiment profondément religieux et dénoncent la collusion entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux au Liban, surtout, mais aussi dans tout le monde arabe. En 1908, son recueil de nouvelles "Esprits rebelles" avait été jugé hérétique par le pouvoir en place au Liban et brûlé en place publique.

Si "Le Prophète" et "le Jardin du prohète" (publié après sa mort)  sont ses œuvres ayant remporté le plus grand succès au niveau mondial, j'ai, personnellement une préférence pour "Rires et Larmes" et "Le sable et l'écume".

 " C'est un lien entre ici et le monde à venir.
C'est une source pure à laquelle peuvent se désaltérer toutes les âmes assoiffées. [...] Poète, regarde bien ta couronne d'épines : tu y
Trouveras dissimulée une guirlande de laurier qui bourgeonne".
Rires et Larmes - Le Poète.

Lorsque je doute, il me suffit d'ouvrir un livre de Khalil Gibran, pour que le lumière dissipe les ombres qui obscurcissent ma pensée !
Sa poésie m'a souvent inspirée, car elle se lit comme une quête. Elle élève l'âme et sème la douceur sur les champs de douleur.

" Une goutte de rosée "

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Le jardin

Il y a si longtemps que j’écris. Il y a si longtemps qu'il me lit. L'encre de mon cœur s'est déversée sur le papier ambré, sans faire de bruit, sans faire de fautes. Moi qui n'avais jamais rien dit ai laissé les mots s'écouler. Il les a recueillis, doucement, avec bienveillance, il a écouté tant et si bien que j’ai fini par ouvrir mon jardin. Timidement, avec circonspection je l’ai laissé entrer dans cet espace où fleurissent des senteurs d’autrefois, des variétés de simples, oubliées. Au début, il n’y avait que quelques pensées semées au gré du vent de mes tourments. Juste quelques pensées sauvages, si timides qu’on les voyait à peine. Il y avait aussi beaucoup de soucis et pas mal de mouron qui attirait les oiseaux.

J’aimais venir dans ce jardin. Il avait l’air abandonné avec ses herbes hautes mais certaines étaient si belles qu'on ne pouvait s'empêcher de les aimer et de leur sourire, de s'asseoir auprès des tabourets non loin des dames de onze heures qui tenaient compagnie. Il était entouré de haies épaisses qui dessinaient au fusain un coin d’intimité. J’avais pris l’habitude de venir m’y réfugier lorsque j’étais triste ou bien préoccupée. Perdu au milieu de nulle part, à l’abri des regards, il offrait un réconfort que je ne trouvais pas dans les beaux jardins aux parterres soigneusement désherbés, fleuris d’espèces sophistiquées aux couleurs éclatantes et au parfum inexistant. Là, les pois de senteurs côtoyaient les ronces et se jouant des noires épines, ils envahissaient la haie et répandaient leur parfum lourd et entêtant l’été durant.

Nul bruit ne venait troubler sa quiétude autre que celui de la terre et des airs à tel point que je n’avais jamais remarqué que derrière l’une des haies, séparé par un fossé, se trouvait un autre jardin. Aussi, grande fut ma surprise lorsqu’un soir d’été j’entendis une voix de l’autre côté. C’était un soir de pluie, mon cœur pleurait et j’avais appelé à l’aide. J’avais crié aux vents ma solitude et ma tristesse et une voix m’avait répondu.

Stupéfaite, je m’étais tu. Je m’étais crue seule. Jusqu’à présent seuls les oiseaux et les arbres répondaient à mes appels. Ce soir là une voix profonde s’était fait entendre, faisant naître un arc-en-ciel qui rayonnait d’une infinité de possibles. Les joues encore humides de la pluie, j’avais osé engager le dialogue. Sans se connaître ni se voir, nous avions conversé. Il m’apprit à écouter le silence, à entendre les murmures du vent et à voir le levant au couchant. Lorsque je revenais les jours suivants, je me pris à attendre ces conversations et à vouloir embellir mon jardin afin d’y inviter mon interlocuteur. Des impatiences étaient apparues et je vis aussi quelques coquelicots fragiles comme cette relation naissante mais dont le rouge égayait ce jardin.

Jour après jour par ces quelques coucous, il soignait mes bleus à l’âme, jour après jour, il m’apprivoisait. Comme le renard j’étais prudente, comme le petit prince il attendit jusqu’au jour où j’en étais venu à vouloir connaître cette voix. Je fis une brèche dans la haie et nous construisîmes un pont. Timidement, je le traversais pour découvrir de l’autre côté un jardin extraordinaire qui ressemblait un peu au mien, miroir de vénus à la beauté douce amère. Il m’accueillit et m’offrit un bouquet de simples qui embauma mon cœur. Assis à distance respectable l’un de l’autre, nous bavardâmes un long moment et lorsque vint la nuit, c’est à regret que je m’en retournai avec l’espoir secret qu’un nouveau jardin vît le jour. La brèche était faite, le pont était là et il semblait tout aussi désireux que moi de ne pas laisser les épines reprendre le dessus.
Dans mon jardin, je n’avais pas de compagnons, aussi espérais-je que le vent de ses silences ferait fleurir en rose ou blanc ces graciles corolles. Au fil du temps, nous avions appris à nous connaître et nous passions parfois de long moment à philosopher et l’herbe faisait à la sagesse un doux tapis sur lequel nous aimions nous étendre. Il m’enseignait et j’écoutais avec mon cœur d’enfant, avec mon âme nubile afin de pouvoir, un jour, qui sait, cueillir le sceau de Salomon pour embellir la nuit.

L’hiver est revenu traînant son long manteau de froid et de pluie dans lequel mon cœur s’est pris. Les fleurs se sont fanées hormis les pensées et quelques soucis. Alors, pour ne pas oublier, j’ai fait un bouquet d’immortelles. Lorsque l’encre aura séché, je les lui offrirai … peut-être.

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31 août 2012

Rosée

Le matin s'est posé
Sur l'herbe de l'été
En guise de rosée
Mes larmes.

 

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29 août 2012

Que cherches-tu ?

—–Que cherches-tu ?
Mon amour.
J’ai suivi ses traces et je me suis perdue.
—–Le vent aura effacé le chemin !
Au coeur de la folie
il n’y a plus ni nord, ni sud. Comment puis-je le trouver ?
—–Suis l’eau.
Le sable a bu toutes mes larmes
jusqu’à la dernière goutte.
—–Creuse le silence.
Mes mains ont caressé le désert tout entier
chaque grain de lumière
pour le trouver.
—–Ecoute ses murmures.
J’ai soufflé sur les dunes
pour que s’envole mon âme.
Au creux d’un souvenir j’ai trouvé son Amour.
—–Que cherches-tu, alors ?
Mon Amour.

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28 août 2012

La lettre

« Mon Ami,

Le rêve, comme une brume matinale, s’est dissipé découvrant l’amertume d’une réalité qu’il me faut affronter.

Lorsque tu m’as tendu la main, avec confiance je t’ai suivi. Je ne regrette rien. L’espoir illusoire que j’ai cru voir un instant a été emporté par l’océan. Mais je suis seule en cause. J’avais la certitude de pouvoir affronter plus grand que moi car tu avais ouvert la porte d’un au-delà, les démons ont été plus puissants. L’obscurité a eu raison de mes ténèbres, la nuit s’est assombrie et j’ai sombré au néant d’une folie qui n’était pas la mienne.

Je me suis échouée aux rochers d’une vie que je croyais pouvoir quitter. Mais les Nornes veillent et je ne peux leur échapper. Elles tissent une toile au dessein inconnu et tu en fais partie je le sais désormais. Elles m’ont laissée imaginer que j’étais maîtresse de mon destin, que ma mort m’appartenait. Elles m’ont laissé l’orgueil de croire que mes arabesques avaient conquis ton cœur alors que ce sont elles qui ont tressé ce lien, fil d’épeire tendu au-dessus de l’abîme d’un désespoir qui se perd en lui-même. Fil gracile où perle la rosée d’un sentiment et qui retient mon âme. Ma plume assoiffée boit à cette rosée pour t’écrire aujourd’hui.
 
Tu dis que je sais faire jouer les mots. Mais je ne suis qu’un instrument. Autrefois, il suffisait d’un rien pour que les cordes de mon cœur vibrent et que se fassent entendre la musique des saisons, pourtant il manquait l’âme du musicien. Lorsque je me suis brisée, bien que je n’aie vu, au début, ni l’archet, ni la main qui le tenait, j’ai senti la patience de cet amour qui a su réparer avec tendresse et bienveillance mes déchirures. Au la d’une gamme dont j’ignorais la clé, j’ai été accordée.

Ce n’est pas moi qui joue. Non. Doucement, de son archet, le musicien caresse mes pensées. Elles ne raisonnent plus. Elles chantent et font vibrer ma poésie au diapason d’un amour que je découvre. Dès lors, il m’est impossible de dessiner encore la violence et les blessures sanglantes engendrées par l’obscur et qui me déchiraient. Le sable a bu toute ma souffrance. Les larmes se tarissent et je me laisse aller à ressentir cette passion, née des caresses de l’archet. A cause, ou grâce à lui, je suis devenue sensible au moindre souffle et le monde entier joue sur moi et fait résonner les cordes de mon âme. Un jour, qui sait, tu liras mes écrits, poésie malhabile, tendre ou passionnée, sombre ou amère. Peut-être alors comprendras-tu l’ampleur de ma folie.

Parfois, je voudrais pouvoir partager autre chose que mes mots. Le chant des mésanges au levant d’un matin froid, les étoiles qui scintillent et s’égouttent aux branches d’un marronnier, la terre encore pâle du feu glacé de la nuit, un souffle au crépuscule qui fait bruire le silence.

Parfois, je voudrais juste pouvoir entendre ton rire. Il réchauffe mon cœur et éclaire mes sourires comme seul peut le faire le rire d’un ami dans le partage d’un instant de bonheur. Parfois… Mais voilà, je suis seule et d’ami je n’ai point pour partager la douceur d’un présent qui s’écoule au fil de l’eau d’un ruisseau de campagne. Tu es bien loin.

L’amour se joue de nous et la passion détruit nos cœurs infidèles à eux-mêmes. Mon âme a faim et se cherche au désert de cette vie. Elle oscille entre Prométhée et Tantale crucifiés pour avoir osé défier les dieux et pour avoir aimé les premiers hommes. Mon cœur se déchire sitôt que naît l’espoir et rien n’étanche la soif que j’ai de retrouver cette porte hors moi où tu m’avais menée. L’absolu de mes mots ne peut se satisfaire d’un jardin de rose. Seul es-tu, peut-être, à connaître l’unique qui grandit dans mon cœur.

Partout le monde se désagrège, partout le ciel est enterré et j’ai perdu mes rêves. Je m’accroche à ce lien qui me relie à une vie que j’aurais voulu fuir de nouveau. Me diras-tu mon Ami, si j’ai fait le bon choix ? Si la douceur d’un amour hors du temps vaut mieux que l’amertume du néant ? Crois-tu que l’on puisse déjouer le dessein des Nornes et dessiner sa propre vie, sa propre mort ?

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Naufragée

Je me suis échouée sur la grève
d’une terre inconnue.
Etait-ce un rêve ?
Je m’y retrouvais nue.
 
Je me suis échouée sur les récifs
de la réalité
d’un monde oppressif
en quête de liberté.
 
Je me suis égarée loin de l’anse
paisible de l’Amour.
Dans les rochers absence
déchirure du jour.
 
Je suis restée éparse sur les brisants.
Morceaux de rêves tus.
Je voulais voir le levant
Sur la terre inconnue
 

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27 août 2012

Naissance

Un rêve m’a enfantée.
A l’eau salée de ses yeux
je suis née.
L’écume des vagues a brodé un habit
pour mon corps nu
d’avoir si peu vécu
mais d’avoir tant aimé
qu’il était dépouillé
sitôt que d’être né.
Et le sable boit les traces
de mes pas naissants
Dessins fugaces
qu’emporte l’océan

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15 juillet 2012

Panser les mots


Des mots silencieux
Histoire sans paroles 
Une main tendue
De mots murmurés
Un peu emmêlés

Des mots  gracieux
Qui prennent leur envol
A peine  entendus
Pour guérir, rassurer
Les désarticulés

Des mots
Qui entrouvrent les cieux
Aux coeurs qui se désolent
Et qui se sentent perdus
Des mots pour libérer
Pour aimer, s'envoler

Laisser danser les mots
Pensées de doux mots
Pour panser les maux

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