22 novembre 2012

Le pré d'asphodèle

A mes yeux s’offre un monde
où le beau et le laid
s’épousent
et dansent une farandole inutile
Désespoir du noir de nos peurs
de nos cœurs morts avant que d’aimer
Tes rires s’écrasent aux murs gris d’une existence funeste
et résonnent dans les jardins de nos prisons
où fleurissent les asphodèles
Nous cultivons nos linceuls
et chérissons nos blessures
Nous clouons aux portes les chats noirs
qui rayonnent à nos fenêtres
Les chouettes envolent le jour
Vois-tu mon adorée
Le soleil qui refuse de briller en ton âme esseulée
Vois-tu ce cratère où bouillonnent nos songes
qui éclaboussent les nuits de notre histoire
Elles dégoulinent de nos orbites
et vomissent des regards vides d’amour et de haine
Le monde se décompose
se recompose
Le Mal et le Bien faubergent
s’accouplent au désir d’une pensée lubrique
Les chairs se déchirent en silence
Et moi
j’ai oublié qui Tu étais.

 

theearth
The Earth is a Man - Roberto Matta

 

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21 novembre 2012

Juste instant

Au détour des mots que tu tais
je découvre
un amour qui ne se dit pas
Je découvre
cette étrange essence
libre des sens
et j’oublie le temps.
Je vais au devant
de l’élan
d’une présence amante.
J’oublie la raison,
elle est morte saison.
J’imagine la vie.
Aux profondeurs d’un ciel
je peins mille envies
avec le coeur,
avec mon âme.
A plume perdue je sème les mots.
J’ensemence la nuit.
Au gré des sens j’incendie de couleurs
le couchant.
Juste un instant

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16 novembre 2012

Hemorralgie

Le sang coule et roule les mémoires de demain. Sombres  Mémoires, oubliées sitôt que bues. Sang qui ne donne aucune vie,  affame la Mort et tâche la Terre.

D'où viens-tu, enfant qui n'est pas née ? D'où viens-tu, passé par la mémoire  effacé ? Hier encore, sombre trace sur un linge blanc, tu coules à flots, clair comme une rivière. Tu charries l'avenir que je refuse d'écrire. D'autres avant moi sont venus, on les a fait couler. Ils sont partis avant que d'être nés. D'autres, ailleurs sont restés, présent inachevé, non nés, non advenus à l'existence et pourtant incarnés, figés dans la chair qui les porte et plus jamais ne saigne.

Je regarde ce rouge, substance d'une vie que je n'ai pas voulue. Couleur d'une honte qui a noirci la nuit. Qui a éteint la nuit ? Qui a fait couler le sang le premier ? Est-ce cette honte qui a bu toutes les ombres ? Claire fontaine où l'on m'a baignée, je suis restée sous les chaines, mais je n'ai pas séchée.

Dis-moi, Toi qui me lit, serai-je déliée un jour ? Lorsque le sang cessera de couler, l'enfant sortira-t-elle de sa gangue de pierre ? Et si elle sort, que dira-t-elle ?
Hier n'a jamais existé. L'enfance s'en est allée sans avoir connu d'aujourd'hui et l'enfant non née, l'enfant tronquée attend un lendemain. Mais comment un matin pourrait-il suivre un jour sans soleil et sans lune ?

Dis-moi, Toi qui me lit, serai-je déliée de la nuit ? Lorsque les draps froissés étoufferont les cris, vagissements d'un nourrisson suceur de sang, excrété tel un étron sans attendre le terme. D'autres avant moi sont venus, noircir la noire Mémoire, noircir le sang sale, rouge honte d'une chaîne sans fin.

Dis-moi, Toi qui me lie, pourquoi je suis restée ?

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14 novembre 2012

Louis Aragon- Le Fou d'Elsa

Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c'est
Que moi
Le malheur le malheur c'est
Que moi ces choses je les sais
Il y a des choses qui me rongent La nuit
Par exemple des choses comme
Comment dire comment des choses comme des songes
Et le malheur c'est que ce ne sont pas du tout des songes
Il y a des choses qui me sont tout à fait
Mais tout à fait insupportables même si
Je n'en dis rien même si je n'en
Dis rien comprenez comprenez moi bien
Alors ça vous parfois ça vous étouffe
Regardez regardez moi bien
Regardez ma bouche
Qui s'ouvre et ferme et ne dit rien
Penser seulement d'autre chose
Songer à voix haute et de moi
Mots sortent de quoi je m'étonne
Qui ne font de mal à personne
Au lieu de quoi j'ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle
Je sais bien qu'il ne le faut pas
Mais que voulez-vous que j'y fasse
Ma bouche s'ouvre et l'âme est là
Qui palpite oiseau sur ma lèvre
O tout ce que je ne dis pas
Ce que je ne dis à personne
Le malheur c'est que cela sonne
Et cogne obstinément en moi
Le malheur c'est que c'est en moi
Même si n'en sait rien personne
Non laissez moi non laissez moi
Parfois je me le dis parfois
Il vaut mieux parler que se taire
Et puis je sens se dessécher
Ces mots de moi dans ma salive
C'est là le malheur pas le mien
Le malheur qui nous est commun
Épouvantes des autres hommes
Et qui donc t'eut donné la main
Étant donné ce que nous sommes
Pour peu pour peu que tu l'aies dit
Cela qui ne peut prendre forme
Cela qui t'habite et prend forme
Tout au moins qui est sur le point
Qu'écrase ton poing
Et les gens Que voulez-vous dire
Tu te sens comme tu te sens
Bête en face des gens Qu'étais-je
Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être
Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
Où donc Même cela c'est trop
Et je les garde dans les dents
Ces mots de peur qu'ils signifient
Ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu'il fait beau
Même s'il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l'eau
Les mots dans moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord
Le malheur c'est savoir de quoi
Je ne parle pas à la fois
Et de quoi cependant je parle
C'est en nous qu'il nous faut nous taire



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L'assise

J'ai besoin de me reposer
Revenir vers l'assise
De cette pierre grise
Sur laquelle j'ai osé
Poser mes mots

Auprès de Toi

Rester couchée
Ne plus se relever
Et s'endormir
Un rêve

Laisser la douleur s'en aller
S'envoler par-dessus les toits
Peu importe la bise
Il reste l'assise
Pour oublier les maux

 

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12 novembre 2012

Eveil d'un sommeil

La terre s'endort et s'éveille à la nuit
Elle me prend par la main et me mène vers lui
Sur le ciel d'encre la Déesse dessine
Les ailes d'un cygne

Mon Bien Aimé
Elles m'envolent vers Toi
Vers la nuit d'autrefois
Avant qu'ils n'aient mis dans une tombe
La lumière de ton ombre

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Khalil Gibran - Chant 13

Dis : nous avons oublié
la fierté des conquérants,
mais jusqu'après le déluge,
nous n'oublierons jamais les insensés.

Au cœur même du Cornu(*)
était la boucherie,
et au fond du cœur de Qays,(*)
l'autel vénérable.

Dans les triomphes de l'un,
se cachait la défaite,
et dans les brisures de l'autre,
la victoire et le succès.

L'amour se reconnaît à l'esprit,
pas au corps,
et le vin est pressé pour l'inspiration,
non pour l'ivresse.

Dans les forêts,
point de mémoire,
autre
que celle des amoureux

Ceux qui ont dominé, régné,
tyrannisé les mondes,
ne sont que lettres devenues,
dans des noms de criminels

Et l'amour rayonnant,
chez nous s'appelle conquête éclatante.

Donne-moi le nay et chante !
Oublie la tyrannie des puissants.

Le lys est une coupe pour la rosée,
Non pour le sang

* Le Cornu était un des surnoms d'Alexandre  le Grand 
  Qays était un poète arabe du VIIè siècle.

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Prends ma main

J'entends tes larmes
Elles coulent sur mon visage
J'entends tes cris
Ils s'échouent sur mes lèvres

Je voudrais pouvoir te donner le soleil
par-dessus les étoiles
t'offrir une pluie de bonheur
Lorsque le jour se lève

Petite sœur
Prends mon cœur
pour consoler le tien
et ma main
pour réchauffer la tienne.

mains

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10 novembre 2012

Au bout de tes doigts

Mon Bien Aimé,
Seul es-Tu à ombrer ainsi la lumière,
à éclairer, d'une lueur fragile, la nuit de l'esprit.
Lorsque tout près de moi, Tu te tiens
Le Hurle se tait et mon cœur fait silence.
Immobile, je demeure dans l'espérance
de ton sein, mais mon âme frissonne
et vibre à l'unisson de ton cœur qui résonne :
Tambour d'Odin qui martèle le mien.
De la main je te retiens.
La tienne m'étreint et me pousse au loin.
Je me serre contre Toi,
Tu m'enlaces et m'éloigne au-delà.
Je me détourne et j'entends ton sourire.
Je le caresse du bout des doigts,
juste le temps de dire
ce que tu sais déjà.

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08 novembre 2012

Ivresse

A tes côtés, je m’assieds.
Je ferme les yeux et me laisse aller.
Un coup au cœur
ouvre mon âme.
Une fragrance inconnue
s’offre à mes sens,
parfum d’absolu, enivrante senteur.
Je titube, je chancèle
étoile tombée sur Terre,
rose princière sans papillon.
J'interroge le silence.
Il fredonne un amour d’un autre temps.
J’interroge ton regard.
Il tait l’amour hors du temps,
se dérobe avec tendresse
et me laisse
échouée sur la grève de mes rêves.
J’ouvre les yeux et m’éveille
encore un peu ivre du parfum
qui demeure sur mon cœur.

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