10 novembre 2016

Misere - Terra Maïre

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08 novembre 2016

Au jour qui s'endort
l'encre révèle les nues
Nocturne baiser
Sous les lignes caressées, l'eau du cœur grave les corps.

 

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Philosoph -
  Max Klinger, eau-forte

 

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Ce qui tourmente les hommes, ce n'est pas la réalité mais les opinions qu'ils s'en font. Ainsi, la mort n'a rien de redoutable – Socrate lui-même était de cet avis : la chose à craindre, c'est l'opinion que la mort est redoutable. Donc, lorsque quelque chose nous contrarie, nous tourmente ou nous chagrine, n'en accusons personne d'autre que nous-mêmes : c'est-à-dire nos opinions. C'est la marque d'un petit esprit de s'en prendre à autrui lorsqu'il échoue dans ce qu'il a entrepris ; celui qui exerce sur soi un travail spirituel s'en prendra à soi-même ; celui qui achèvera ce travail ne s'en prendra ni à soi ni aux autres...

Epictète

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06 novembre 2016

Au soir

Et Parfois, survenait un matin doux comme le premier jour de la création
où la vie, dans la lumière, révélait le fond de ses entrailles

– Les meubles, les enfants, et le laurier séché pendu au mur par une ficelle, tout était calme, nivelé – l'escabeau et le cerceau de la moustiquaire ;

– comme lorsque tu regardes le creux du rivage et que tu aperçois sous l'eau limpide, les galets ronds, bruns, citron, roses, paisibles, bien rangés, comme si jamais ne les avait battus la colère de l'eau ni du vent.

– Et tu dis : ce qui est au fond est en haut – et tu ne te noies pas.

– Seul un léger soupir s'accroche à ta bouche comme le petit bouquet de canelle, au clou, dans la cuisine,

– comme une branche de jasmin à la fenêtre,

– comme le nid d'hirondelle sous la gouttière du toit

– et dans le nid reposent, tièdes, azurés, les œufs, prêts à devenir ailes et chansons.

Alors il nous semblait que rien n'était perdu,
que la mort ne pouvait rien nous prendre,

– parce que nous avions tout donné, tout livré ; plus rien ne reste

– et nous ne sommes pas seulement ce que nous sommes devenues, mais ce que nous avons donné

– et nous devenons ce que devient notre don

– et pas un cheveux de nos tresses n'a été emporté par le vent.

Les vieilles femmes et la mer - Yannis Ritsos

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05 novembre 2016

Sur le pont
l'homme en silence est assis
Pierre grise et cheveux blancs.
Les gisants de bois autour percent le miroir de l'eau.

 

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03 novembre 2016

Penitent - Suzanne Vega

 

 

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Matin brouillard

– Pourquoi pleures-tu ?
– Je ne pleure pas...
– Il y a des larmes sur ton visage.
– Ce sont des gouttes de ciel.
...
– Elles sont salés.
– Elles sont douces. Aussi douces que ce baiser.
– Tu ne veux rien me dire ?
– Peut-on dire la douleur ?
– Tu l'as déjà fait.
– C'est vrai. Mais le corps se démembrait alors et l'esprit déchiquetait les chairs, lacérait la pensée. Ecartelée et rouée par la douleur, je pouvais dire. Il y avait encore de la couleur.
– N'est-ce plus le cas aujourd'hui ?
– Non. Le corps est fracassé. Les pensées ont sombré.
– Pourtant tu pleures encore.
– Je ne pleure pas. Ce n'est que le brouillard qui s'est déposé sur mes joues.
...
– Tout est si gris, Fou. L'inoir envahit tout.
– C'est un sanglot que j'entends dans ta voix. Tu pleures.
– Je ne pleure pas. C'est un mot sanglé à la nuit qui cherche dans la grisaille, une étoile, un sourire de lune, une aube safranée. A courir en tout sens, il a dû faire tinter les gouttes de ciel.
– Tes pirouettes ne changent rien.
– Bien sûr que si. Il y a un sourire sur tes lèvres.
– Mais pas sur les tiennes. Tes joues sont trempées et ta voix se brise.
– Ce n'est pas ma voix qui se brise...
Parle-moi de toi, Fou. Dis-moi le vent, son chant dans les feuillages. Dis-moi ce qui fait notre humanité, redis le moi, avant que je l'oublie.
– Cela sèchera-t-il l'eau qui s'écoule de ton cœur ?
– Cela consolera peut-être le jour qui s'éplore.
...

– L'humanité n'est faite que de liens. L'homme accorde beaucoup d'importance aux liens du sang, mais ce ne sont au mieux que des amarres qu'il faut larguer un jour ou l'autre. Les véritables liens sont ceux tissés avec le cœur. Ils sont comme l'espace entre les étoiles. Les astronomes mesurent la distance entre les astres et oublient la proximité rendue possible par un regard émerveillé de leur contemplation.
Souvent, l'homme attaché, enchainé à lui-même tend des filets autour de lui, persuadé que chaque maille sera un lien qui le reliera à l'autre. Mais quand l'autre fait de même, les mailles s'emmêlent. En fin de compte chacun tire à soi le filet et tout se déchire.
– Que peut-on faire alors ?
– Tisser des liens d'amour aussi léger qu'un fil d'épeire. Suffisamment solides pour relier les cœurs entre eux, suffisamment délicats pour que le vent les envole et emporte les souflles. S'offrir comme s'offre une fleur, comme s'offre le jour. Accueillir, comme la terre assoifée accueille la pluie. Être un puits où l'autre vient boire, s'abreuver à sa source. Rire avec ses rires et pleurer avec ses pleurs. Avec un sourire plein de larmes accompagner son départ, lorsque le moment vient où les routes se séparent, car chaque lien est cet espace infini entre les astres ; un espace à travers lequel la lumière, portée par la pensée, circule et rayonne en tout sens. C'est ce parfum de rose que le jour boit dans les gouttelettes de nuit, c'est ce rai de soleil qui écarte la brume, c'est cette main ouverte, c'est ce feu allumé dans la froidure d'un jour d'hiver. C'est toi qui me permets d'être moi.
...
– Tu pleures encore.
– Je suis fatiguée d'avoir mal. Pense à moi, Fou. Serre-moi dans la lumière. Le jour s'éplore encore, mais j'ai un peu moins mal de te savoir auprès de moi.

 

Mutter und Kind - Rudolf Steiner
Mutter und Kind - Rudolf Steiner

 

 

 

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01 novembre 2016

 

Sourire de lune
sur un ciel bleu isabelle.
Le jour doucement s'en va.
La pensée s'envole et vient se poser sur le sourire.

 

 

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29 octobre 2016

Quand l'être s'étiole, l'Âme l'envole

 

Fond d’écran

 

 

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27 octobre 2016

Pour peindre un oiseau - J. Prévert

Peindre d’abord une cage
Avec une porte ouverte
Peindre ensuite
Quelque chose de joli
Quelque chose de simple
Quelque chose de beau
Quelque chose d’utile
Pour l’oiseau
Placer ensuite la toile contre un arbre
Dans un jardin
Dans un bois
Ou dans une forêt
Se cacher derrière l’arbre
Sans rien dire
Sans bouger…

Parfois l’oiseau arrive vite
Mais il pourrait aussi mettre de longues années
Avant de se décider
Ne pas se décourager
Attendre
Attendre s’il le faut pendant des années
La vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
N’ayant aucun rapport
Avec la réussite du tableau

Quand l’oiseau arrive
S’il arrive
Observer le plus profond silence
Attendre que l’oiseau entre dans la cage
Et quand il est entré
Fermer doucement la porte avec un pinceau
Puis effacer un à un tous les barreaux
En ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau

Faire ensuite le portrait de l’arbre
En choisissant la plus belle de ses branches
Pour l’oiseau
Peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
La poussière du soleil
Et les bruits des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
Et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
C’est mauvais signe
Signe que le tableau est mauvais
Mais s’il chante c’est bon signe
Signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
Une des plumes de l’oiseau
Et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

 

 

 

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