16 octobre 2016

Espérance

Je suis grosse d'une blessure se refusant à naître,
pleine d'une colère, d'une souffrance
gangrenant l'âme Humaine.
La vie afflue en mon giron,
reflue de mes veines et s'enfle
comme s'enfle un torrent subissant en amont
les tempêtes qui vident le ciel.

Le fiel se mêle à la douceur,
le miel, empoisonné, n'apaise plus
et les cœurs atrophiés deviennent rances.
Sous la surface, court la bête noire
charriant les immondices et les courants fétides.
Sous la surface, les chairs sont nécrosées.
Même les vers s'en sont allés.

Exsangue est la terre de nos filles.
Ensemencée de larmes et de désirs stériles.
Les étendues immaculées, héritées de nos mères,
d'un mince manteau de verdure se couvrent.
Mais je le vois déjà s'effilocher,
devenant loque sous les lames de la haine.
Les guerres n'en finissent pas.

Le teint blafard, les membres gourds,
pleine d'une vie dont je ne suis pas dupe,
je parcours les étoiles et le jour à l'agonie.
La lumière d'argent qui croit
trahit la blancheur de l'orient.
Les pluies acides ne la ternissent pas,
les flots de sang ne la rougissent pas.

En mon ventre, une tumeur forcit,
mais elle ne me tue pas, Mort et Vie tout à la fois,
elle m'épanche en silence et l'esprit se replie
sur ces feuilles d'automne privées d'or et de cuivre,
de ces diadèmes de givre qui brillaient au levant,
faisaient virevolter les âmes.

Le vent ne les fait plus danser.

Je suis pleine du jour, de la froideur de la nuit
de l'espérance de l'hiver habillant de candeur
l'herbe et ces rameaux frêles comme du verre ;
spiritus sanctus, elle dénude les âmes.
Si nos cœurs se rejoignent au-delà de la haine,
à la croisée des êtres, dans une attente féconde, 
alors tu me mettras au monde et je t'enfanterai.

Je suis emplie de Toi,
de cette volition, altière fidelis,
déchirant l'être d'une main amoureuse
comme le germe brise la gangue rigide
pour s'élever bien haut dans les profondeurs de la terre,
pour s'enfoncer dans l'abîme des cieux
sans jamais rien navrer, anéantissant tout.

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12 octobre 2016

Tête chargée - Lavilliers

Que peut l'art contre la misère noire ?
La musique contre la solitude ?
Les artiste contre les habitudes ?
Que peut l'art, ?
Que peut l'art ?

Parfois c'est notre seule arme...

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Une amitié - Charles Vildrac



Il y a […] chez toi et chez moi
Comme chez tous, des choses qui manquent,
C’est telle variété de plante
Que je n’ai pas dans mon jardin,
C’est telle arme pour ma lutte
Que je ne sens pas sous ta main ;

Qu’il advient toujours, pour notre bonheur,
Que moi je dispose de cette arme,
Que tu es tout fleuri de ces fleurs
Et que nous entrons sans façon l’un chez l’autre
Pour prendre ce dont nous avons besoin

Tu connais bien mes indigences
Et la façon de mes faiblesses ;
Elles vont à toi sans pudeur
Tu les accueilles et les aimes ;
Et aussi bien j’aime les tiennes
Qui font partie de ta valeur
Et sont la rançon de tes forces.

Enfin chacun de nous, ô mon ami,
Marche, et peut marcher avec assurance
A cause d’une main qui, vigilante,
Au moindre péril, se lève et saisit
Le bras égaré de cet aveugle
Que je deviens et que tu deviens,
Comme tous, à certaines heures…

 

 

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11 octobre 2016

Lien

Je lis,
des liens de chaînes qui se délient.
Du fond de la lie,
les légionaires de l'ombre sonnent l'hallali
Nous avons bu le monde, il est à l'agonie.

De mon lit
la Mort se retire et m'abandonne à minuit,
sans un cri.

La lune allume les cieux et la nuit
et le monde aux ténèbres survit.

Je prie
Mes yeux vers toi s'écrient.
Du fond de l'oubli,
qui est de soi-même le déni,
je me tourne vers toi qui luit.

Tu lies
Ce qui est Mort est Vie.
Dans le désert où rien n'est ici,
j'ai un peu de vent pour seul habit
et Toi, rocher contre lequel je me blottis

 

 

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05 octobre 2016

Le Pèlerin de pierre

Pèlerin de pierre

 

–  Que fais-tu ici ?
 Je viens te voir.
 N'avais-tu pas assez de la folie ?
 Je te demande pardon. C'est moi qui était folle de croire que je pouvais vivre sans la sagesse, Fou.
...

 Et que veux-tu ?
 Reprendre mon errance. Faire quelques pas avec toi.
 Alors marchons.
...

– J'ai vu un pèlerin sur la mer. Immobile, il avançait dans les flots tumultueux. Il était seul et pourtant, lorsque l'eau refluait, nombreux étaient ceux qui l'accompagnaient. Et lorsque la nuit venait, une église s'élevait là où, quelques heures plus tôt, il se tenait. A ses côtés, j'étais seule et pourtant je ne l'étais pas. Tu étais avec moi, ainsi que bien d'autres qui demeurent en mon cœur. Cela m'a fait me demander ce qui fait le lien entre les êtres.  

– En amitié comme en amour, il y a des désirs, des attentes. Le plus souvent, l'autre comble un manque en étant une des pièces du puzzle de notre vie, parfois il suscite la curiosité, nous interpelle ou nous questionne.  
–  Mais, une fois le manque comblé, une fois la curiosité satisfaite, qu'est-ce qui fait la profondeur d'un lien  ? Pourquoi perdure-t-il ou s'achève-t-il ?

Toutes les rencontres que je vis s'inscrivent dans la fugacité de l'instant. Je me souviens d'un jeune homme, en pèlerinage vers lui-même, de la nuit illuminée par ses rires et ses aventures. Nous lui avions offert le gîte. Il nous a donné bien plus. Nous nous sommes quittés sur la promesse de renforcer le lien qui s'était tissé. Que pouvons-nous contre les tourbillons du temps et de la vie ? Je ne peux témoigner, comme certains, d'un lien tissé sans attaches, dessinant une histoire commune.
Même dans le monde virtuel, que l'on appelle la toile,
d'ami je n'ai que toi, Fou ! Qu'est-ce qui fait que les liens que je tisse se défont immanquablement ?

 Peut-être ne fais-tu pas les bon nœuds ?
Le monde d'aujourd'hui est à la fois tangible et virtuel. La virtualité, bien qu'impalpable, est une potentialité indubitable. En théorie, les liens peuvent s'y multiplier à l'infini et cependant, de même qu'une rencontre, aussi riche soit-elle dans l'échange et le partage, ne débouchera pas forcément sur une relation durable, de même certains liens virtuels n'ont pas vocation à s'incarner quand d'autres, au contraire, attendent le face-à-face dans le monde tangible pour prendre pleinement leur essor.
Lorsqu'elle est de cœur à cœur, la rencontre est toujours réelle et le lien que tu ne vois plus n'a pas pour autant disparu. Certaines rencontres sont une collision, d'autres une aventure ; certaines durent le temps d'un battement d'aile, d'autres suivent le cours d'une vie. Toutes relient à soi-même et participent d'un accouchement de l'âme ; ainsi il est des liens qui, éphémères, ont pour seule fonction de déclencher une mue et d'autres, plus pérennes qui contribuent à l'érection de l'Être, à son enracinement.

 Tu dis que les rencontres nous relient à nous-même. Mais très souvent, les liens que nous nouons ne sont que des attaches, voir des chaines. Peut-on tisser des liens à la manière du Petit Prince et du Renard ? Aimer sans entraves et donner vie à ce mouvement  pareil à celui des blés caressés par la brise ? Un mouvement qui, comme le suggère Vildrac, fait que deux épis qui se frôlent engendrent une vague qui fera se frôler d'autres épis jusqu'à l'autre bout du champ, créant ainsi dans les cœurs un souvenir-lumière, un souvenir-arc-en-ciel allumant l'azur un instant ? L'Autre, même absent, même loin devenant celui qui donne une tonalité particulière au monde ?  Et qu'en est-il du lien étrange, et dérangeant souvent, entre le serpent et le Petit Prince ?

 L'humain est " un animal social " qui a besoin du regard de l'autre pour s'édifier. Seul, sans personne pour le toucher, pour le regarder, il meurt. Tout au long de la vie, le besoin est irrésistible de se confronter à un autre soi. L'alter égo n'étant pas un clone de soi-même, mais l'autre qui rend la réalité du "Je suis" effective, sensible. Comment pourrais-tu savoir qui tu es, si un autre ne venait te questionner et confirmer ou infirmer ton ressenti ?
En réalité, ne fuis-tu pas l'Autre ? A cause de cela qui risque de te révéler ?

 Peut-être as-tu raison. Sans doute est-ce pour cette raison que je reprends immanquablement le chemin vers toi ! Parce que, toi, je  ne te redoute pas.
...

 Ce qui nous lie est impalpable et perdure malgré mon insoumission. Mais tu te refuses à être serpent pour moi.
 Je ne peux être renard et serpent à la fois ! Je ne suis qu'un fou !
 Hum, très drôle...
 C'est toi qui es amusante. Te prendrais-tu pour le Petit Prince ?

 

 

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04 octobre 2016

L'emportement emmène tout avec colère, claque les portes bruyamment ; la douceur laisse la lumière avec amour, referme les portes en silence.

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03 octobre 2016

L'amour a ce don particulier de transformer notre univers en béatitudes et nous croyons, à ce moment là, posséder toutes les aptitudes au bonheur.

Eve Belisle

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02 octobre 2016

Souffle de vent froid
Un coup de feu claque au loin
L'automne est bien là.
A l'est la lumière s'éteint, les matins prennent froid

 

 

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30 septembre 2016

Le bégonia blanc
a laissé choir une fleur.
L'herbe la recueille
et pour la seconde fois, le regard en est fleuri

 

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29 septembre 2016

Page de lumière

 

Voilà longtemps qu"elle ne s'est pas assise à cette petite table sous la fenêtre. La dernière fois, c'était à la tombée du jour, avant de devenir pierre puis poussière. Il y avait alors à ses côté, fumant d'une saveur amère, une tasse d'un breuvage sombre.

Aujourd'hui, elle peut entendre le chœur des moniales du couvent voisin chanter Tierce, l'heure où le jour s'est imposé, où la nuit n'est plus qu'un souvenir et l'ombre du semeur, la plus élancée sur le cadran de pierre. Devant elle un encrier, une feuille, une plume et le temps. Par le carré de lumière, elle peut saisir d'un regard le soleil et la lune. Si proches l'un de l'autre et pourtant si loin de se retrouver. Les quelques nuages qui passent égrènent les lettres des mots qui germent dans le terreau du cœur et prennent leur essor sur la liturgie des heures. Il leur faut le silence pour grandir et advenir à l'esprit qui les cueillera d'une plume assurée pour les poser sur la feuille. Il leur faut la musique du ciel ciselant les murs de prières pour fleurir et embaumer chaque pensée.

Le matin s'étire comme un chat. Langoureusement. L'esprit rêveur n'a encore tracé nulle esquisse bien que la moisson soit mûre et prête pour la récolte. Qui sait ce qui le retient ? Un scrupule, sans doute, à laisser s'envoler la fragrance de l'âme, le voluptueux parfum d'une sensualité dans laquelle il se perd parfois.

Souvent en parlant de sensualité, on entend les sens du corps qui ressent par la vue,  le toucher, l'odorat, le goût et l'ouïe le monde dans lequel il évolue. L'érotisme est alors jubilation de tous ces sens et la sexualité en est l'incarnation et l'accomplissement. Mais il est certain qu'il existe une sensualité de l'âme avec des sens propres au monde invisible qui est le sien. L'érotisme qui les exalte ne peut s'incarner. Pourtant, il participe d'un accouchement, comme lorsque deux êtres s'épousent et engendrent un nouvel être, à la différence que deux âmes n'en mettent pas au monde une nouvelle, mais s'enfantent mutuellement.

Comme mue par elle-même, ou par le battement d'aile d'un ange, la main s'est emparée de la plume et s'est mise à danser sur la page vierge, ébauchant tout d'abord un chant pour se ressouvenir de ce visage qui n'a cessé de la guider à travers les âges. Elle trace ensuite les signes qui se feront lettre qui sera portée jusqu'à son regard. Vie après vie, elle persiste à lui écrire, à l'interroger, à le supplier parfois. Vie après vie, lorsque l'errance se fait trop lourde, elle trouve une table, un encrier, une plume et un carré de lumière pour mettre au monde les notes entre les silences.

Mon Ami,

Il y a longtemps que je n'ai pas pris le temps d'écrire ainsi. J'ai espéré, rêvé, rejeté tout espoir, appréhender le désir et, en fin de compte à cette heure, il semble que plus rien ne demeure en moi hormis ce qui est Vie. Même les doutes s'estompent. Ne reste que toi, once d'espérance faisant battre mon cœur, palpiter l'âme. Quand tu m'as tendu la main, la première fois, je me suis comme éveillée d'un songe sans couleur, d'une mort sans douleur. Malgré cela, je me suis détournée de toi plus d'une fois pour revenir immanquablement.

Car sans toi, je n'aurais pas eu le courage de m'aventurer sur les landes brumeuses de l'esprit et, bien que je cherche encore un endroit où m'égarer pour fuir une nouvelle fois, je connais à présent chaque touffe de bruyère, chaque tourbière, chaque marécage. Je ne peux plus me perdre. J'ai beau faire, chaque pierre ou racine m'est devenue familière à tel point que si je trébuche, je ne peux tomber. Je suis de nouveau piégée sans l'être avec dans le cœur un sentiment qui me grandit et que je voudrais circonscrire ; avec une claire vision que je refuse mais qui éclaire mes ténèbres.

Ainsi, je n'ai plus besoin de tes yeux pour voir désormais, ni de ton cœur pour entendre. Mais nos promenades me manquent. Lorsque, à la saison des feuilles brunes, nous partions et que la brume n'était pas encore levée, tu t'éloignais de moi juste assez pour être soustrait à ma vue, t'amusant de ma frayeur à me retrouver seule. Tu m'étreignais avec tant d'Amour ensuite que tout brouillard s'en trouvait dissipé. J'apprivoisais la peur, me familiarisais avec l'Amour. Auprès de toi, j'ai appris à me défaire de l'une, à me vêtir de l'autre.

Aimer, ce n'est pas s'attacher ni enchaîner ; ce n'est pas seulement avoir un désir, une soif ou une faim que seul l'autre peut combler.
Aimer, c'est avoir dans le cœur un chant, comme une prière qui nous rend réceptif, attentif au monde, à l'autre et nous met dans un état d'accueil. En étant attentif au monde, la conscience s'élargit. Esprit et âme se rejoignent et le corps est en paix. L'être se libère. Mais que signifie être libre ? Il y a peu, je pensais que cela voulait dire ne dépendre de personne. Mais être vraiment libre c'est surtout être responsable et en accord avec soi-même. C'est renoncer à toute justification, renoncer à avoir tort ou raison, renoncer à combattre pour ou contre. Il n'y a pas de justice dans l'Amour, mais une justesse qui guide et éveille.

Aimer, c'est faire le choix de la liberté. Pour soi avant tout, mais aussi pour l'autre puisqu'il est un autre soi. Car on enferme pas l'Amour, même dans le cœur. Aussi grand soit ce dernier, il sera toujours trop étroit. L'Amour est le jour de l'âme. Sa lumière et son ombre tout à la fois. Cela aussi, c'est auprès de toi que je l'ai appris. Tu ne m'as rien enseigné, rien inculqué, aucun savoir. Mais tu m'as montré, tu m'as instruite. Par ce que tu es, la connaissance de l'Être féconde le vivant alentour.

Je me débats encore contre cette connaissance qui s'instille en moi, contre cette nature vibrante. J'ai tenté de m'en défaire en t'aimant à en perdre la vie. Et j'aurais presque réussi si cette brume un peu grise et terne n'était apparue dans ton regard. Alors j'ai vu que ce que je suis imprègne aussi le vivant alentour et que mon âme, lorsqu'elle est corrompue, peut corrompre à son tour.

Rassurée par la chaleur de ton cœur, par la douceur de ton regard, je me suis confiée à toi sans fard. J'ai ôté tous les voiles, un à un, jusqu'à en être nue. Comment aurais-je pu augurer de cette pudeur inattendue, de cette brume s'interposant à la vue ?

Si la nudité de mon âme doit devenir source de trouble, alors je la vêtirai de soie, mon Ami. Je la masquerai afin de ne plus troubler la tienne. J'acquerrai la maîtrise de cet incendie qui consumme l'être, je lui bâtirai un âtre pour maintenir flammes et braises et garder vivant ce feu qui réchauffe l'esprit, gourd d'avoir errer sur les terres froides.

Je ne peux te promettre  d'accepter pleinement ce qui frémit, grandit et s'agite en mon âme. Mais tu es l'unique prière que je connaisse et marcher en solitaire sur la lande est bien trop triste. J'espère avoir encore la joie de partager avec toi quelques morceaux de ciel, quelques poussières d'étoile et de pouvoir feuilleter encore une fois certains ouvrages en parchemin dont les enluminures disent l'invisible de l'âme quand les mots ne le peuvent.

Je ne sais quand cette lettre te parviendra, un courant d'air soudain en a déjà emporté une partie, mais je sais que, d'une manière ou d'une autre, l'indicible trouvera un chemin jusqu'à ton cœur.

Ta dévouée et insoumise amie.

 

 

 

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