31 août 2017

La douleur a un seuil de tolérance toujours changeant. En deça, on vit avec en l'ignorant ou en l'accueillant comme une hôte indésirable ou bien comme  une hôtesse bienveillante que l'on écoute, malgré son âpreté. L'inspir et l'expir se succèdent. Ils émanent du centre. Ils sont fleur et parfum tout à la fois. Tour à tour expansion et contraction. La vie se pose, les pensées se déposent, le corps se meut au ralenti.

Au delà, on y survit. Elle envahit l'espace. Elle est, par certains côtés, comme ces espèces qui ravagent tout sur le passage ne laissant qu'une terre désolée et vide ; une terre brûlée mais qui recèle encore en elle une vie prête à jaillir. L'esprit s'obscurcit et l'on gît en soi-même sans plus de force que celle d'être là où l'on est  le corps recroquevillé, racorni par l'incendie qui l'envahit. Les pensées ne sont plus qu'escarbilles rougissant la nuit et la nuit juste un jour sans lumière.

De même la souffrance. On vit avec jusqu'à un certain point. En elle vivent la colère, l'amour et le ressentiment. La haine n'étant que l'envers de l'amour. Les émotions envahissent l'être, l'esprit les modèle. Il donne raison aux unes et tort aux autres. Il juge, condamne, banni. jusqu'à s'entredéchirer entre soi. Le corps gémit, mais il n'en a que faire jusqu'au jour où ce dernier bronche et se cabre à en désarçonner les pensées. L'esprit vidé de lui-même voit. Acceptant la douleur, il se relève et marche vers lui-même. L'âme à ses côtés chemine.

Au delà d'une ligne incertaine, l'horizon s'enténèbre. Les émotions entrent en fusion. L'esprit vacille sous la nuée ardente. Il dresse des remparts et met l'être à l'abri. Oui mais l'être c'est lui, en partie. Alors il se met en sommeil. Il éteint les lumières. Le corps fonctionne en mode automatique, à moins qu'il ne se mette en veille ou bien s'éteigne définitivement. Les pensées sont réduites. Lorsque la souffrance se retire, l'esprit se réveille et laisse en arrière les souvenirs qui l'ont fait tituber, Il n'y reviendra pas, sous peine d'y succomber. L'âme à ses côtés pleure... parfois.

 

Fleur - Paul Celan

La pierre.
La pierre dans l'air, celle que je suivais.
Ton œil, aussi aveugle que la pierre.

Nous étions
des mains,
nous vidions les ténèbres, nous trouvions
le mot, qui remontait l'été :
Fleur.

Fleur - un mot d'aveugle
Ton œil et mon œil:
ils s'inquiètent de l'eau.

Veille silencieuse,
pan de cœur par pan de cœur
cela s'enfeuille.

Un mot encore, comme celui-là, et les marteaux
s'élancent dans l'espace libre.


 

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30 août 2017

La misère traverse les mers
Quelle grève pour l'accueillir ?
Les galets sous la jetée ne garde pas de traces
du froid qui souffle les regards
hagards.

Qui peut comprendre la souffrance
quand un missile vient exploser le monde
que la sagesse est liesse et déchirure tout à la fois.
Quand l'esprit se partage et que s'épouse les crépuscules.
L'écorchure de la vie ruissèle sur le vent
sans un bruit.
En un cri si puissant qu'il éteint les volcans.
Le feu brûle et dévore ce qui reste du monde
Et le monde n'en a cure
Dans le silence froid un brasier enlumine
l'indicible et ses pas
Et Toi qui devances les miens.

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28 août 2017

Infinitives voiles - H-F Thiefaine

 

 

 

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27 août 2017

Lorsque s'éteint le silence, ce sont les paroles de l'Aimé qui s'envolent, le chant de Sa lumière qui disparaît et la distance entre nous devient une éternité bruyante. Il n'y a plus ni beauté ni nuit. Le crépuscule ne se lève plus, ni ne se couche le jour.
Lorsque s'éteint le silence, le cœur se vide de l'Aimé. Les mots se font baiser posé sur les lèvres de l'aube pour goûter Son Amour.

 

 

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26 août 2017

L'effondrement

 

Il y a d'abord l'effondrement. 

Puis l'enchevêtrement. 

L'étonnement vient avant la douleur. Peut-être. Primordiale est l'instant de soi. La renaissance à la nature. La dureté, l'âpreté. La matière brute enchevêtrée. Et le souffle. L'air qui arrache la vie à la perdition. Puis réapprendre à respirer. Pas tout de suite. Il y a d'abord le rétablissement. Reprendre pied. Le souvenir des autres que soi. A nouveau l'effondrement. L'abîme.  La descente infinie. Là, seulement là, réapprendre à respirer.  Inspirer puis inspirer encore.  Ouvrir la bouche, la suffocation.  Jusqu'à la suffocation. Souffler. Un petit rien. Un hoquettement. Ça ressemble à un haut-le-cœur. Un retournement de l'intérieur. Et tout de suite, aspirer, aspirer encore et encore. Aspirer du vital. Avaler de la peur, jusqu’à la nausée. Tout cela en une fraction d'instant, un morceau de seconde, de la brisure de temps. Puis le vide. Le regard vers le ciel. Le vert des arbres. La prairie. La maison avec la toiture en pente. Rien de tout cela.  Uniquement le gris de la poussière.  La mauvaise odeur de pourriture. Déjà. Le regard circulaire pour espérer.  Pour croire un instant. Et rien.  Seulement le vide et le rien. L'esseulement. Un inconnu vous touche l'épaule. Puis une femme. Un homme aussi, peut-être. Un être humain, c’est à peu près certain. Une très vieille femme. Mais il faut de l'enserrement, une étreinte à bras le corps. Quelque chose qui vous replie sur vous-même, qui vous compacte. Et ainsi se sentir entier. Entier mais vide. Toujours et encore vide. Il n'y aura plus jamais quoi que ce soit à la place, mais on ne le sait pas encore. Toute la vie, on essaiera de comprendre ce moment d'arrachement, ce cours instant de l'effondrement. Et l'enchevêtrement qui a suivi. Ce n'est que cela la vie. Ni plus ni moins. Essayer vainement de comprendre, de trouver un sens à ce qui n’en a pas, à l’incommensurable. 

A toi, ce petit morceau de moi qui plus j'aimais ne sera.

Pourtant, j'ai réappris le mouvement des poumons. De l'air qui rentre et qui sort. Pourtant, hé oui pourtant. 

Il faut maintenant trouver quelque chose d'utile à faire. Un début de commencent. Peut-être un pas. Oui, un pas c'est bien.

© L'effondrement - Olioweb

effondrement
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04 août 2017

L'Amour - Rabi`ah al-`Adawiyah

« Entre l’amant et le bien-aimé, il n’y pas de distance, ni de parole, que par la force du désir, ni de description, que par le goût.
Qui a goûté, a connu. Et qui a décrit ne s’est pas décrit. En vérité, comment peux-tu décrire quelque chose, quand en sa présence tu es anéanti ?
En son existence, tu es dissout ? En sa contemplation, tu es défait ?
En sa pureté, tu es ivre »"

Rabi`ah al-`Adawiyah

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