Comment aurais-je pu savoir que cette passion me rendrait fou,
qu'elle ferait de mon cœur un brasier et de mes deux yeux un torrent.
Comment aurais-je pu savoir qu'une crue soudaine m'emporterait
et dans la mer rouge de sang comme un navire me jetterait ;
qu'une vague heurterait le navire qui planche par planche se fenderait
en tourbillons variés chaque planche tomberait.
Puis une baleine lèverait la tête et boirait l'eau de cette mer.
Une telle mer sans fin  deviendrait sèche comme un désert
et ce désert à son tour fendrait la baleine buveuse d'océan,
par le courroux dans l'abîme l'entrainerait.
Après ces métamorphoses, il ne restera plus ni mer ni désert
Que sais-je de ce qui fut ensuite ?
Le pourquoi dans le sans-pourquoi s'est noyé.
Il y a de nombreux que sais-je.
Mais ce que je sais c'est que dans cette mer
j'ai goûté une écume d'opium par une main qui ferme les lèvres. 

Djalāl ad-Dīn Rūmī